





L O N C L E E N C H A N T I E R
De quel ordre est la nécessité du portrait, à lépoque
où la fixité de la photographie est remisée souvent pour
la mobilité informe de tranches de vie capturées par lautomatisme
caméscopique des familles ?
À rebours dun il enregistreur de bribes de chronologies hasardeuses,
j'élis limmobilité, le silence d'un corps et d'un visage
vacués hors de la temporalité prosaïque.
J'appelle au secours du modèle les forces calculées, les élans
mûris, les gestes expérimentés, les repentirs même
du peintre mesurant, dans la patience de son corps livré au travail,
lombre dun autre corps, un pareil imaginé et aplani aux dimensions
de la toile.
Limmobilité du portrait peint nest pas celle du portrait
photographique, né à la pointe de l'instant, et nous tendant de
ce fait, le miroir d'un masque mortuaire entraperçu.
Le modèle peint est idéalisé, comprenons-nous bien, c'est
à dire, transposé selon les règles réévaluées
d'un art ancien, sur une surface qu'arpente le regard élaboré
du peintre. Relié au monde des formes non fortuites qui l'entourent,
forme lui-même, le modèle est délesté des moments
aléatoires de vie privée de sens, et sil perd sa chair,
il acquiert la carnation.
Ainsi l'oncle bleu au pyjama rayé prend son essor grâce aux ailes
du divan, et les courbes conjuguées du vêtement et du siège
affrontent le fond barré, prison possible que cherche à. apprivoiser
le peintre.
Loncle à la sanguine sillumine à la faveur des blancs,
sur la nuit rouge de. l'arrière-plan qui pèse sur lui et à
laquelle il résiste, ce qui. est une autre manière de dire le
combat du corps et des ténèbres